La crise financière ouverte par celle des subprimes en 2007 ne cesse de produire ses conséquences. D’une crise financière et de la dette privée ayant mis plus de 120 millions de personnes au chômage, nous sommes passés aujourd’hui à une crise monétaire qui vient défier la puissance publique qui a pourtant su sauver le monde de la finance.
Des pouvoirs autoritaires sont mis à bas par le peuple et les jeunes qui ont su pleinement bénéficier de nouveaux espaces de libertés que l’internet mondial procure. Les démocraties libérales se font bousculer par des mobilisations sociales d’une nouvelle forme. Les tensions migratoires se sont exacerbées entraînant chaque année la mort de milliers d’hommes qui ne cherchent qu’à franchir des barrières et des murs qui sont plus nombreux chaque jour.
De la catastrophe de Fukushima à la sécheresse actuelle qui s’étend du Portugal à la Chine, notre société se rappelle de la menace que peut constituer la nature que nous pensions pourtant maîtriser toujours plus.
Tous ces événements, qui peuvent sembler sans cohérence, illustrent une même réalité : l’effondrement d’un monde. Nous vivons la fin d’une ère, la fin d’un système de prise de décision, de production, de consommation et de répartition des richesses.
La démocratie libérale s’est profondément transformée ces 30 dernières années. Au fur et à mesure l’idéologie néolibérale a été admise par l’ensemble des partis politiques. Une bonne politique se définit comme celle qui permet la croissance et qui permet à la sphère marchande de prospérer. L’intervention publique est devenue suspecte : dérèglements, libéralisations et privatisations sont devenus la norme.
La politique se lie les mains en gravant dans le marbre des constitutions l’indépendance des banques centrales, l’équilibre budgétaire, la concurrence libre et non faussée. Elle éloigne le peuple des décisions importantes en les confiant à des organismes internationaux (OMC, FMI) ou régionaux (Union Européenne) où la capacité des élus du peuple souverain d’emporter la décision n’est qu’indirecte.
Les principes de la gouvernance ont remplacé ceux de gouvernement.
Parallèlement au rétrécissement démocratique, nous avons vécu l’avènement de grands groupes économiques mondiaux capables d’imposer leur agenda, leurs souhaits et leur volonté de voir telle ou telle loi adoptée à une grande majorité d’Etats.
Les salaires, les cotisations sociales, nos systèmes éducatifs, de santé, de transports apparaissent comme des coûts qu’il incombe à la puissance publique de diminuer.
La volonté de l’oligarchie d’empêcher la moindre régulation économique a rendu impossible toute politique de conversion écologique. La double décennie de l’hégémonie libérale apparait aujourd’hui comme vingt années perdues pour faire face au plus grand défi de l’humanité : le dérèglement climatique que l’homme a lui-même produit.
C’est le système tout entier de production et de consommation actuel qui n’en finit plus de mourir. Alors que la consommation est le premier pilier de la croissance elle souffre de la compression salariale. De plus, c’est le recours à l’emprunt par les ménages, pourtant nécessaire aux cahiers de commandes des entreprises, qui nous a poussé dans la crise financière actuelle.
Le système de production repose sur l’obsolescence programmée des produits, sur la volonté de la majorité de la population d’accéder aux mêmes biens de consommations que la classe dominante. Quête impossible car dès qu’un produit devient un produit de consommation de masse l’oligarchie jette son dévolu sur un autre produit qui lui permet de se différencier.
La crise économique, financière, agricole, écologique à laquelle nous devons faire face est une crise systémique du capitalisme. Elle est une crise du politique et de la démocratie qui se trouve devant l’impératif et le défi de se réinviter et de se sublimer.
Impératif d’égalité, impératif démocratique, impératif écologique : le triptyque de la transformation sociale
La gauche française, européenne et mondiale, a comme seule solution de porter un autre projet de société et un autre système économique, social et écologique. Il est de la responsabilité des socialistes d’incarner une gauche qui ose et qui transforme. Une gauche qui fait face aux peurs et permet la mobilisation par l’espérance.
Nous souhaitons porter un projet de transformation sociale reposant sur trois impératifs qui alimenteront chacun de nos choix politiques.
L’impératif d’égalité
L’égalité doit être la pierre angulaire du projet politique que nous portons. L’égalité est un principe qui se suffit à lui-même: ni égalité des chances qui organise la compétition, ni simple égalité des droits qui ne prend pas en compte la capacité de chaque individu à en jouir.
L’égalité passe d’abord par une égalisation des conditions d’existence, une nouvelle répartition des richesses doit avoir lieu. Dès juillet 2012, c’est tout d’abord une augmentation des salaires de 200 € pour tous jusqu’à 3000 € ainsi qu’une indexation des salaires tant sur les gains de productivité que sur l’inflation. Dans le même temps, le gouvernement devra contraindre les entreprises à respecter le principe travail égal, salaire égal. Un nouveau système d’imposition progressif sur le revenu garantira la redistributivité. Enfin, nous alourdirons de façon importante l’imposition du patrimoine et des droits de succession.
L’égalité, c’est aussi reconnaitre à chaque citoyen les mêmes droits sans qu’aucun critère ne puisse les séparer les uns des autres. Le socialisme est un projet politique d’égalité et d’émancipation. Le féminisme, le combat LGBT, la lutte contre le racisme et les délits de faciès, la lutte contre la stigmatisation religieuse, le combat contre la pénalisation de la folie doivent être portés par tous les socialistes. A chaque conquête opérée, l’ensemble des mobilisations des progressistes avancent.
L’égalité pour les socialistes, c’est aussi garantir que chaque citoyen dispose des mêmes capacités d’usage de ses droits et des services publics quelle que soit sa condition sociale. Aujourd’hui ce sont les plus riches qui bénéficient le plus de notre système de santé, du système judiciaire, des grandes écoles alors que ce sont eux qui y contribuent le moins en fonction de leurs revenus.
L’impératif démocratique
Le socialisme c’est autant le partage des richesses que le partage des pouvoirs. La démocratie c’est la capacité individuelle et colletive à maitriser son destin qui ne se limite pas à glisser un bulletin dans une urne tous les 5 ans. Selon nous, la démocratie est une fin en soi qui nécessite à chaque instant d’être approfondie.
Nous affirmons un principe qui détermine notre feuille de route : là où il y a un espace de pouvoir, un contrôle démocratique est nécessaire.
En France, cela passe par l’avènement d’une 6e République où le gouvernement est responsable devant le parlement. Le mandat unique sera la règle, les nominations du ressort du Parlement et le retour de l’éthique en politique une réalité.
La reconquête démocratique doit s’opérer au niveau européen, en portant le projet d’une République fédérale européenne, sociale et laïque. Le rôle de la gauche est de redonner la maîtrise par le vote des grands choix économiques : politique monétaire, budgétaire, possibilité de lever l’impôt, accord de libre échange ou imposition de barrières douanières.
La démocratie dans chaque lieu de pouvoir, c’est vivifier la démocratie sociale en garantissant qu’au moins 1/3 des sièges au conseil d’administration des entreprises soit réservé aux salariés, c’est assurer que l’action publique favorise le développement de l’économie sociale. C’est permettre aux usagers d’être représentés dans les services publics du bureau de poste au conseil d’administration des hôpitaux, à ceux de la SNCF et d’EDF. C’est encore renforcer le droit des consommateurs.
La gauche aura aussi la responsabilité de porter une loi interdisant la détention de plusieurs médias par un même groupe afin de permettre à la liberté d’opinion et d’information d’être plurielle.
Enfin, le web mondial est, de facto, une conquête démocratique pour les citoyens du monde. Sa neutralité doit être garantie, la sécurité des données personnelles assurée. La transparence et l’égalité devant l’information que permettent le net doivent permettre un approfondissement de notre démocratie traditionnelle. Dès 2012, la gauche aura besoin d’ouvrir un débat sur l’accès public et non mercantile à l’ensemble des données à disposition des administrations.
L’impératif écologique
Depuis les Lumières, l’homme a vécu dans l’illusion qu’il pouvait utiliser sans compter les ressources de la nature et que son action était sans incidence. Notre action menace la survie même de l’humanité et rend impossible la permanence de notre système de production et de consommation.
L’écologie interroge l’idée de progrès elle-même. La question de savoir si la croissance menait au bonheur ou à la liberté n’était pas posée. La volonté de grands groupes de refuser les logiques coopératives de productions permises par le creative commons, par exemple, démontre à quel point le capitalisme s’oppose au progrès en permettant l’accaparement des bénéfices par quelques uns. Dès lors, la notion de progrès ne doit pas exclure tous les domaines non marchands.
L’impératif écologique, c’est à la fois faire mieux avec moins à travers la conversion écologique mais c’est aussi une redéfinition de notre modèle société où l’épanouissement et la possibilité d’atteindre le bonheur ne passent pas forcément par de la consommation.
La planification écologique doit être globale et toucher tous les domaines : agriculture, transport, logements, industrie, énergie. Nous assumons la nécessité de recourir à l’emprunt public – national ou européen – car le coût de l’action sera bien moindre que celui de l’inaction. Pour nous, le principe est simple, mettre autant de moyens que nécessaire pour diminuer de 30 % l’émission de gaz à effets de serre d’ici à 2020. Entre la préoccupation des comptes publics et la survie de l’homme nous avons fait notre choix.
Notre objectif est de tout faire pour que l’activité de l’homme ait le plus faible impact sur l’environnement. A cette fin, nous nous opposons à la désindustrialisation de l’Europe, incongruité écologique, sociale et économique, empêchant que l’immense majorité des biens matériels et alimentaires soit consommée au plus près de son lieu de production. La France et l’Union Européenne devront agir avec vigueur pour favoriser la réindustrilisation non seulement des nouvelles technologies mais aussi des industries traditionnelles (textile, aciérie, automobile). Il est nécessaire d’activer le tarif extérieur commun et de taxer les produits importés provenant de pays ayant des normes environnementales et sociales moins exigeantes pour mettre fin à une concurrence déloyale.
Afin d’inciter les entreprises à s’adapter, nous préconisons de remplacer le marché des droits à polluer par une taxe prélevée par tonne de carbone émise. Cette solution permettrait tant de financer les mutations de notre propre modèle de développement que de rembourser notre dette climatique envers les pays du Sud.
La conversion écologique passe aussi par l’abandon de la centralité du modèle de la propriété. Nous développerons l’économie de la fonctionnalité (Vélib, Xerox, leasing…) qui vise à faire payer un service plutôt que l’achat du bien afin que le producteur ait comme intérêt la durabilité du produit.
Le nouveau modèle de production passe aussi par une politique énergétique ambitieuse dont l’objectif premier est la baisse de la consommation d’énergie : isolation des bâtiments, recherche de l’efficacité énergétique des transports et des industries doivent être une priorité.
Nous abandonnerons la logique du nucléaire en planifiant une sortie en 30 ans. Cette énergie n’est ni propre, ni peu coûteuse du fait de la rareté de l’uranium et de l’impossibilité de déterminer le coût du démantèlement des centrales et du traitement des déchets. Nous instaurerons un maillage serré de territoires de petites unités de productions d’énergies s’appuyant sur tous les modes de productions : éolien, solaire, biomasse, micro-barrage, géothermie.
Les impératifs d’égalité, de démocratie, d’écologie sont le triptyque du projet politique et du vivre ensemble que nous proposons pour remplacer ce monde qui meurt. Le chemin est possible même s’il entraînera les résistances de tous ceux qui perdront les privilèges qui étaient les leurs. Dans notre volonté de transformer la société nous devrons toujours tenir compte de la capacité de l’oligarchie actuelle à se défendre, non pour la laisser faire mais afin de se préparer à mobiliser et accélérer le changement. Nous le savons : un projet qui ne les inquiète pas ou qui viserait à être conciliant avec eux serait forcément un projet inoffensif, préservant le statu quo.
Etre le changement
Le projet politique que nous portons vise à redonner la maîtrise de leur vie aux citoyens. Cela commence avant tout par une prise de pouvoir de tous ceux qui veulent le changement au sein même de la gauche et de la famille socialiste.
Notre génération a une possibilité unique de transformer la façon dont on fait de la politique dans notre pays en faisant des primaires l’acte I du changement. A nous d’aller devant chaque lycée, dans chaque université, dans les quartiers populaires et aux portes des entreprises pour mobiliser et permettre à chaque jeune d’être un porte-parole du changement. Utilisons tous les moyens qui sont à notre disposition, des techniques militantes traditionnelles aux actions coup de poing. Favorisons l’organisation en réseau et sachons tirer profit des possibilités offertes par les réseaux sociaux.
Une campagne politique qui réussit transforme en profondeur l’organisation qui la porte. Les volontaires du changement apporteront leur richesse et leurs expériences ce qui, de facto, modifiera la culture et les codes des jeunes socialistes qui peuvent encore être excluant. Accueillons ces transformations avec enthousiasme. Soyons même ceux qui les permettons.
Notre feuille de route est claire. Porter au sein de la jeunesse nos engagements et mobiliser, par ceux-ci, les jeunes de France afin que nos engagements soient repris tant par les différents candidats aux primaires que par celui ou celle qui nous représentera à l’élection présidentielle. En mobilisant autour des huit engagements nous souhaitons modeler le débat public autour des problématiques de notre génération.
Les primaires seront le moment où les idées des socialistes pourront capter le débat public et sortir des thèmes imposés depuis dix ans qui ont favorisé la désilustion, l’abstention et la montée de l’extrême droite. Nous faisons le choix de porter notre propre agenda politique, de tirer à notre profit la démocratie d’opinion.
Nous savons que la façon dont on arrive au pouvoir conditionne toujours la nature de ce pouvoir. Si un candidat est porté par un vaste mouvement populaire – où les jeunes auront toute leur place – alors le pouvoir pourra s’appuyer sur ce mouvement pour mener les réformes.
Les jeunes de France sont impatients, enthousiastes et espèrent le changement. 2012 doit être et peut être le temps de l’espérance. Allons à la rencontre de notre génération, échangeons et débattons avec nos pairs. Il est de notre responsabilité d’aller vers eux avec un message : ensemble agissons pour changer la France et changer le monde.

