Une réforme symptomatique de la politique de Sarkozy
La réforme des retraites menée par Nicolas Sarkozy est caractéristique de la politique qu’il mène depuis qu’il est arrivé au pouvoir : une politique pour une infime minorité, la plus riche, au détriment de la majorité de la population.
En pleine crise financière, le président de la République dénonce les « dérives de la finance » mais réforme notre système de retraite au motif qu’il faut répondre aux critères des agences de notation…
La crise financière a réduit à néant les retraites de millions de salariés aux États-Unis, qui faute de système solidaire, avaient été contraints d’investir dans les fonds de pension. Avec cette réforme –qu’il fait payer à 85% par les salariés !-, Sarkozy choisit pourtant d’affaiblir notre système par répartition, parce qu’elle fera de la retraite à taux plein un horizon inatteignable pour la plupart des salariés, laissant seulement ceux qui en auront les moyens se tourner vers la capitalisation. L’individualisme contre la solidarité.
Cette « réforme » ne résout pas les problèmes de financement, elle ouvre par contre à la finance un horizon intéressant : les retraites représentaient une masse financière de 230 milliards d’euros en 2006… Cette « réforme » est donc bien régie par les seuls intérêts que Sarkozy défend : ceux de la finance !
Une mobilisation historique
La réponse des jeunes et des salariés à cette remise en cause de la retraite par répartition ne s’est pas fait attendre. Initiées par un front syndical le plus large, en deux mois, plus de huit journées nationales de manifestations ont réunies à chaque fois plusieurs millions de personnes ; plusieurs dizaines de secteurs ont été en grève reconductible (les raffineries, les transports, les ports,…) ; plus de 7 français sur dix ont soutenu ce mouvement.
La jeunesse, au nom de laquelle le gouvernement prétendait vouloir faire cette réforme, s’est fortement mobilisée, démontrant ainsi à quel point le droit à l’avenir et le droit à la retraite sont des préoccupations fortes pour notre génération.
Sarkozy a choisi l’affrontement. Alors qu’il n’avait aucun mandat électoral pour mener cette « réforme », il a refusé toute négociation avec les syndicats, n’acceptant aucune modification de son projet. Il a accéléré le débat parlementaire, refusant que des projets alternatifs puissent être proposés. Il a promulgué le projet, à la hussarde, en pleine nuit, faisant fi des revendications de millions de manifestants.
Ce déni de démocratie est bien la preuve d’un président en difficulté qui ne ressort pas victorieux de cette mobilisation. Au contraire, ce mouvement social historique a permis de gagner la bataille idéologique contre la politique que mène la droite et de faire émerger de nouvelles exigences sociales.
Quelles perspectives pour la gauche ?
La gauche, unie dans la rue, a su être au rendez-vous de cette mobilisation. A travers son travail d’opposition au parlement, les manifestations, les collectifs et les meetings unitaires, elle a joué son rôle d’opposition et de soutien du mouvement social.
Mais elle doit tirer les leçons d’un mouvement qui laissera des traces dans la vie politique de notre pays. L’ensemble des socialistes tire l’analyse d’un renforcement de l’aspiration à l’égalité dans la société. Mais il faut aller au bout du raisonnement : ceux qui se sont mobilisés ne comprendraient pas nous ne portions pas leurs revendications dans notre projet.
Il faudra donc indiscutablement revenir sur l’ensemble des mesures d’âge, notamment en rétablissant la retraite à 60 ans, et poser la question du niveau minimum des pensions dès cet âge atteint. Mais cela ne sera pas suffisant, car si la loi reste en l’état, la retraite à taux plein restera un horizon inatteignable pour la majeure partie des salariés. C’est d’ailleurs une des revendications fortes qui s’est exprimée à travers ce mouvement.
Cette question doit nous permettre d’amorcer des discussions sur le projet avec toute la gauche en vue des élections de 2012. Pendant ce mouvement et malgré les nuances sur l’alternative, la gauche a su travailler unie : c’est la condition de la victoire aux prochaines élections présidentielles.
A travers le mouvement social que nous venons de vivre, et au delà de l’aspiration à la retraite à 60 ans à taux plein, des exigences sociales se sont révélées: une véritable politique de l’emploi, l’augmentation des salaires…
Dans les autres pays européens des mouvements sociaux d’ampleur ont eu lieu : le 29 septembre, les syndicats espagnols ont été moteurs d’une grève générale très suivie par les salariés pour refuser la précarisation du travail ; en Angleterre, les étudiants se battent contre l’augmentation des frais d’inscription à l’université (de 3800€ à plus de 10 000 €), ce pays n’avait pas connu un tel mouvement depuis Thatcher…
Toutes ces mobilisations expriment une revendication : le refus des politiques d’austérité. Les caisses de l’État, celles de la mutualisation citoyenne, sont vides alors que la richesse produite ne cesse d’augmenter. Les solutions existent pour ne pas se contenter d’une politique de gauche au rabais. Ce n’est pas aux salariés et aux jeunes de payer la crise, ils ont au contraire besoin de plus de protections collectives. Nous devrons donc porter ces revendications dans notre projet, et dégager de nouvelles marges de manœuvre pour mener cette politique de gauche.

