La question de l’organisation de primaires ouvertes à toute la gauche et à tous les citoyens pour désigner un candidat à l’élection présidentielle de 2012 doit se poser dans toutes ces dimensions : politiques, intérêts électoraux, recomposition de la gauche.
Notre objectif principal est simple : prendre le pouvoir au niveau national lors des échéances de 2012 pour transformer la société. Partout en Europe, cet objectif est loin d’être rempli par les partis sociaux-démocrates européens, qui enchainent défaites sur défaites.
Une gauche sclérosée, atone, meurtrie par la personnification qui va droit à sa perte
La gauche française et le parti socialiste en particulier est profondément handicapé par les divisions et le refus de tirer les conséquences de nos échecs passés, ainsi que par le piège de la Ve République.
Une gauche divisée et gestionnaire
Depuis au moins 2002 la compétition entre les différents partis de gauche les a conduits à mener leur action politique, en particulier en période de campagne électorale, les uns contre les autres. Paradoxalement, les campagnes se font sur les différences entre les partis de gauche et par conséquent il n’y a pas de dynamique collective pour mettre en avant ce qui fait l’identité commune de la gauche : la promotion des services publics, la question salariale, la mise en œuvre d’un modèle de développement respectueux de l’homme et donc de l’écologie. La gauche, au lieu de faire entendre son aspiration commune à une société libre et égale, s’entre-déchire sur la manière d’y parvenir en multipliant les procès d’intentions.
Effet secondaire : la division de la gauche incite le PS à s’afficher comme un parti de gestion des affaires courantes qui se complait dans la seule gestion des collectivités territoriales. Le Parti Socialiste ne semble pas comprendre le refus des citoyens de voter pour lui malgré sa bonne gestion, notamment de la fiscalité locale : modération de l’impôt et de l’endettement.
Enfin, l’ex-gauche plurielle souffre encore de l’absence de droit d’inventaire de son bilan. La seule critique qui en a été faite est celles des 35 heures : non pas tant pour contester l’annualisation du temps de travail ce qui est nécessaire, qu’afin de tenter de discréditer le principe des 35 H en soi. À l’inverse, sur la question des services publics, des privatisations, de l’Union Européenne, de la baisse de l’impôt sur le revenu, l’absence d’analyse critique, voire la reconnaissance de ses erreurs, fait que la gauche est inaudible et incapable d’incarner l’alternative.
Le Piège de la Ve République
La culture et la nature de la gauche c’est le parlementarisme. Ce n’est pas et ne sera jamais la désignation une fois tous les cinq ans d’un homme, d’une femme présidentiel(le) assorti du gouvernement et du parlement qui va avec. L’organisation du principal temps démocratique de notre pays autour de la désignation du président de la République et en amont de la désignation du candidat est en soi un piège tendu à toute la gauche : sous prétexte de chercher le meilleur moyen de gagner ; certains, guidés par les médias, proposent de remplacer une offre politique de gauche par un débat sur le meilleur ou la meilleur pour l’emporter.
Les primaires que nous ne voulons pas…
C’est la conversion de la gauche à l’ « homme providentiel », que certains essaient de nous vendre à l’occasion de la désignation du candidat de la gauche, en singeant au passage la primaire américaine au sein des partis démocrates et républicains ,dont aucun ne se revendique ni de la gauche ni du socialisme. Nous aurons droit à tout : le renouvellement, la diversité, l’expérience, le réalisme, la vision, et autant de clichés propres à faire vendre du papier glacé pour des candidats dont le fond politique est le plus souvent commun et sensiblement identique à celui qui entraine la gauche dans la défaite depuis de nombreuses années.
Surtout, ce type de primaire, où la question du « leadership » est placée devant toute autre en dépit de toute dynamique politique ; serait génératrice de division en interne du parti socialiste. La participation du peuple de gauche, dans ce cas, ne servirait qu’à associer aux divisions du parti un cercle plus large que les militants habituels. Enfin ces primaires n’offriraient aucune garantie de dynamique politique : si un candidat « de centre-gauche » emportait la primaire, qu’est-ce qui inciterait l’électeur socialiste à voter pour lui plutôt que pour le candidat d’un autre parti ?
Notre stratégie : une dynamique d’union de la gauche, des candidats de toute la gauche.
Un processus politique de rassemblement et de mise en dynamique des forces et du peuple de gauche et qui comprend le mode de désignation à la présidentielle. Le défi pour la gauche : rester elle-même, battre la droite dans les institutions de la Ve république, et transformer la société.
La solution : que la gauche organise en son sein le parlementarisme et le pluralisme que les institutions ne proposent pas.
Débattre avec les partis de gauche
La dynamique d’union de la gauche doit être assez forte pour durer pendant l’exercice du pouvoir par un gouvernement d’union de la Gauche, avec la mise en place d’ « Etats généraux » destinés à débattre du fond politique, en vue d’une constitution d’une fédération des organisations de gauche, liée à un préalable : un « programme commun » de la gauche. Former un rassemblement à gauche autour d’un projet politique commun, rassemblant toutes les forces de gauche, sans préalable ni exclusive, dans le respect des différences des uns et des autres, et permettant à chacun de porter durablement ses exigences dans la concertation commune.
Ce rassemblement doit s’opérer sans oublier tous ceux qui ne sont pas dans les cercles de la gauche politique mais qui aspirent tout de même au changement profond et radical de notre société.
C’est par le débat sur les grands thèmes identitaires de la gauche que nous serons le mieux à même de définir les convergences et d’opérer le rassemblement, entre autres :
- Emploi, rémunération et redistribution
- Services Publics et Sécurités sociales
- Mondialisation, libre-échange et Europe
- Planification écologique et autre modèle de développement
- Société du temps libéré, éducation, culture
- Justice et libertés publiques
Tracer la base d’un accord de programme législatif et gouvernemental commun sur ces questions ; cet accord crée la base d’une politique alternative de la gauche à la politique menée par la droite. Prendre acte des désaccords, différences, nuances et spécificités de chacun.
Les primaires : une démarche d’union de la gauche
Ce processus permettra, soit d’aboutir à des primaires à la suite de la constitution d’une Fédération de la gauche, soit d’être une étape primordiale vers la constitution d’une Fédération de la gauche. Nous devons tout mettre en œuvre pour faire réussir ce processus mais ne pas d’imposer de préalable qui donnerait trop de pouvoir à ceux qui, par intérêt, pourraient la rejeter.
La gauche pour reconquérir le pouvoir afin de transformer la société doit renouer avec toutes ses composantes et donner la place à un intense débat permettant à toutes les idées de gauche de nourrir et de conquérir l’espace public. Nous faisons le pari que des primaires de toute la gauche sont une des étapes indispensables pour dynamiser la gauche, choisir un candidat commun dès le premier tour, adopter un programme commun de gouvernement ainsi que des candidats communs lors des législatives. C’est pour nous une étape nécessaire pour aller vers une fédération des partis de gauche qui aura plus de chance d’aboutir lors d’un processus intégrant tout le peuple de gauche que par un accord d’appareils. Toutefois, afin que chaque composante de la gauche puisse se retrouver dans un tel processus, nous devons militer fortement pour, en préalable à la primaire, définir un grand projet de société commun à toute la gauche et adopter une charte de valeur commune que chaque candidat et électeur devra signer.
Les primaires : une démarche de conquête et de prise de pouvoirs du peuple de gauche
Le choix des primaires doit-être le moment où la gauche renoue avec sa nature profonde. Une gauche qui croit profondément dans l’intelligence des citoyens pour faire le meilleur choix. Une gauche qui considère qu’il n’y a pas de République, ni de véritable transformation sociale, si le peuple n’investit pas la démocratie.
Le rôle du MJS sera d’organiser la participation citoyenne, notamment de tous ceux qui sont traditionnellement exclus du champ politique. Ce sera aussi imposer les thèmes qui nous sont chers dans le débat des primaires. Faire que par notre nombre dans les débats et notre capacité à amener des jeunes participer à ce processus nos idées se retrouvent obligatoirement reprises par les candidats.
Le débat entre candidats de gauche permettra pendant de long mois de se focaliser sur les idées de la gauche, sur les meilleures propositions de la gauche, sur l’idéal de société vers lequel la gauche souhaite tendre. Faire que le débat pendant six mois se focalise sur ce qu’est la gauche et non sa simple opposition au Président sortant fait partie intégrante de la bataille culturelle en permettant aux idées de gauche d’avoir un espace médiatique – et ainsi d’imprégner la société – qu’elles n’ont pas jusque-là.
L’intérêt de primaire est aussi stratégique. Le premier intérêt sera de modifier en profondeur la perception des citoyens sur l’état de la gauche. Cela permet de mobiliser notre électorat avant même le début de la campagne présidentielle. Les primaires permettent d’établir un fichier de trois à six millions de citoyens de gauche. Ces citoyens seront la force militante de cette élection que les militants traditionnels auront à organiser. Ces citoyens seront aussi un formidable relais auprès de leurs proches pour convaincre dans le cadre d’une campagne de proximité et même familiale de l’importance du vote à gauche. Un fichier Internet de trois à cinq millions d’adresses sera un outil précieux pour faire circuler bien au-delà du cercle restreint des adhérents des partis politiques. Enfin, ce fichier servira à lever des fonds pour l’élection présidentielle mais aussi pour les élections législatives.
Les primaires peuvent être la conclusion d’un processus d’union de la gauche, tout comme une étape indispensable à sa réalisation. Dans les deux cas, c’est à nous de leur donner un sens politique. Les primaires c’est être exemplaire en faisant de la gauche un outil de prise de pouvoir du peuple, c’est mener la bataille culturelle en gagnant dans les têtes pour gagner dans les urnes. Enfin, c’est rappeler cet impératif absolu : celui qui sait qu’il n’y a pas de victoire possible de la gauche sans son unité ne doit s’épargner aucun effort pour y aboutir.

